C’EST TRÈS ÉTRANGE UN SUISSE DE L’ÉTRANGER

Les Suisses, nous sommes 1 ‰ (1 pour mille) de la population mondiale

En 2017 selon le bureau fédéral des statistiques, la Suisse comptait 8 484 100 habitants dont 2 126 400 étrangers, soit 6 357 700 Suisses vivants en Suisse. Auxquels il faut rajouter les 751 800 Suisses vivants à l’étranger.

Aujourd’hui je vous compte l’histoire d’un de ces Suisses de l’étranger.

(Petit quiz : quel est le nom du Suisse le plus répandu et le plus connu au monde ? Réponse en fin d’article.)

Je distingue – sans jugement – plusieurs catégories de Suisses de l’étranger :

  • les Suisses – double nationaux – représentent 75 % des Suisses de l’étranger. Certains, nés et ayant toujours vécu à l’étranger, ne parlant pas, ou mal une de nos langues, n’ont pas ou presque pas de contact avec la Suisse et vivent – principalement – selon leur seconde ou deuxième nationalité. Le passeport suisse peut-être considéré comme un accessoire.
  • les Suisses vivant à quelques kilomètres de la frontière et dont le seul dépaysement est que la fondue est devenue Savoyarde ou la saucisse de Francfort. Ils représentent le 62 % des Suisses de l’étranger.
  • les Suisses, qui sont nés en Suisse, ont grandi en Suisse et sont partis vivre à l’étranger – lointain et dépaysant – avec le seul passeport suisse sont donc une infime minorité. Ils sont – vraisemblablement – entre 50’000 et 70’000 (hors séjours/stages momentanés). Malgré tout si en Suisse ils formaient une seule commune, celle-ci serait dans le top 10 des plus grandes (parmi les 2122 communes recensées aujourd’hui).

Historiquement ces Suisses – même peu nombreux – ont fait notre histoire. Je vous parlerai peut-être un jour des membres de ma famille qui ont combattu avec Napoléon en Russie lorsque le Jura bernois était annexé à la France.

Mais aujourd’hui je vous parle d’un Suisse, né et ayant grandi en Suisse, qui a d’abord quitté la Suisse à 19 ans pour aller vivre et travailler en Norvège. Puis est revenu, reparti, revenu. Puis après avoir parcouru le monde en large et en travers s’est envolé – 35 ans plus tard – pour l’Asie.

Vous connaissez l’histoire de ses racines.

Aujourd’hui je vous parle de la vision – à l’aube de la retraite – que j’ai de la Suisse à travers ce voyage. Car en fait je me considère plus comme un nomade – lent – un Suisse en pot qui n’a pas replanté ses racines – que comme un expatrié.

Le mythe de la propreté suisse – nous sommes champions du monde du coup de balai – sans parler du blanchiment d’argent

LA SUISSE QUI M’INDIFFÈRE

Commençons par l’envers de la médaille.

LA SUISSE QUI M’INDIFFÈRE

Je n’ai aucun pincement de cœur, aucune fierté, lorsque je vois un drapeau suisse, lorsque la Suisse “affronte et bat” – quels mots stupides – un pays dans lequel j’ai des amis, aucun sentiment de grandeur, d’honneur et de gloire lorsqu’il s’agit d’une victoire de l’une de nos équipes suisses.

LA SUISSE QUE JE NE COMPRENDS PAS

Lorsque je demande un document légalisé en anglais en Suisse, il n’est jamais fourni par l’administration. La traduction – certifiée – en anglais du permis de conduire m’a été refusée. Par chance, lors d’un passage au Consulat général de Suisse au Canada – bilingue – une gentille dame m’a fait les papiers nécessaires – malgré une entorse à la réglementation suisse, car je n’étais pas habitant du Canada.

LA SUISSE QUI NE ME COMPREND PAS

L’administration suisse en Suisse, ne comprend – absolument – pas le point de vue des Suisses de l’étranger. Elle reste formaliste et dogmatique. Par exemple, si je perds ou me fais voler mon permis de conduire, impossible d’avoir un double ou un document prouvant que j’ai passé un jour mon permis en Suisse. C’est extrêmement stupide et pénalisant.

LA SUISSE FUTILE

Ici en Asie où la vie tient encore – pour la majorité des gens – de la survie, le vote sur la longueur des cornes des vaches me paraît assez futile.

LA SUISSE PARESSEUSE

On tire très mal profit de notre renommée dans l’éducation (écoles privées). Mon médecin a envoyé sa fille faire des études d’architecte en Europe et m’a demandé comment elle pouvait entrer à l’EPFL. Quand je lui ai répondu que les cours se donnaient en français ou en allemand, la cause était entendue.

LA SUISSE PREND DU RETARD

La Suisse perd – ce qu’il y a de plus précieux – du temps. Nous étions en avance et nous perdons cette avance. Lorsque j’ouvre un compte bancaire ici, je reçois directement la carte visa qui va avec et qu’on me fait essayer à un distributeur de la banque. Tout le monde a le téléphone, tout le monde est relié à une banque de données des connaissances. En Suisse, nos écoles perdent encore le – précieux – temps à nous enseigner des connaissances en interdisant l’outil qui nous permettrait d’y avoir accès.

LA SUISSE EST EN CALÈCHE

La façon – académique – d’apprendre une première langue – nationale – est obsolète. On apprend d’abord – et surtout – à ne pas faire de fautes. Alors que la langue est quelque chose de vivant, d’imparfait que chacun s’approprie à sa manière.

L’académie française et ses règles strictes et sa structure figée n’arrivera qu’à pénaliser la langue française en la rendant tellement compliquée qu’elle sera abandonnée, caduque, obsolète. Dans le monde, il y a plus de personnes parlant l’anglais comme seconde langue que comme langue maternelle. Une langue c’est d’abord et avant tout un outil.

Lorsque je rencontre un Suisse de l’étranger, on se parle en anglais.

Images ironiques de la Suisse

LA SUISSE INCONNUE

Un peu de modestie et d’ironie.

LA SUISSE INCONNUE

Ici beaucoup de personnes ne savent rien de la Suisse, et c’est en même temps rassurant (nous ne sommes que 1 ‰ de la population mondiale) et nourrissant pour notre modestie. Personne – ou presque – ne reconnaît la langue que je parle lorsque je parle français (imaginez les Suisses-allemands). Les exploits de Federer, sont inconnus.

Le pays a été longtemps champion du monde de badminton. Ce qui a première vue pourrait prêter à rire tant ce sport est inconnu en Suisse, jusqu’à se rappeler que les Suisses ont été champions du monde de bob.

LES IMAGES – SURPRENANTES – DE LA SUISSE

Il y a bien sûr les yoghourts EMI avec une traduction chinoise. Mais il y a aussi des mythes suisses, fabriqués de toute pièces. Ici on vend des valises de notre fameuse équipe nationale de….. polo ou des montres à l’effigie de notre – bien connue – marine nationale. A New York on trouve la – aussi fameuse – vache qui rit suisse.

L’IMAGE – QUE L’ON S’APPROPRIE – DE LA SUISSE

Dans un des plus grands centres commerciaux du monde – aux Philippines – il y a une patinoire. Étonnant mais ce qui n’est pas plus stupide, a y bien penser, que d’avoir une piscine chez nous lorsqu’il neige. Il y a un image murale qui fait l’entier du mur du fond. C’est l’Eiger.

En règle générale les Suisses connus – à l’étranger – sont admirés

L’IMAGE DE LA SUISSE QUE L’ON DONNE

Voyons les beaux côtés

L’IMAGE – PROPRE – QUE DONNE LA SUISSE

Nous donnons surtout une image de propreté . Vous trouverez des lavabos LAUFEN, des toilettes JONHSON, des STEWI pour votre linge. La Suisse n’est-elle pas d’ailleurs championne du monde du coup de balai (lire CURLING ) ? (Et cela sans parler du blanchiment… d’argent.)

LA SUISSE QUE JE CROISE à l’étranger

Le personnel des – multiples – ambassades et consulats auxquels j’ai eu affaire est extrêmement poli, serviable et performant. C’est un réel plaisir de travailler avec des administrations suisses à l’étranger.

L’IMAGE QUE JE DONNE DE LA SUISSE

Les bonnes manières, l’éducation, la galanterie (les gens sont étonné que je tienne la porte), la propreté, le respect (y compris de l’horaire). Mais je donne aussi l’impression d’un manque de tolérance, d’adaptation dans des solutions “bricolées”.

L’AVANTAGE D’ÊTRE SUISSE

Une des premières réalités à laquelle je suis confronté tous les jours est le multilinguisme. Sur mon île on parle 5 langues couramment avec l’anglais comme langue de compréhension mutuelle. En Suisse, on nous a appris, par défaut, à ÉCOUTER les autres et à leur parler pour qu’ils COMPRENNENT, car à priori, rien ne nous certifie que la personne rencontrée parle notre langue non plus.

LES MYTHES DE LA SUISSE

La Suisse est belle. Elle est même très belle. Mais elle est surtout belle en calendrier. Tous les endroits au monde ont un côté calendrier. Je peux aussi faire des photos de coucher de soleil sur la mer de Chine, de plages de sable immaculées ou du Mékong.

Mais la Suisse dans sa réalité, c’est aussi des tags le long de la ligne de chemin de fer entre Genève et Lausanne, les embouteillages lorsqu’on passe à l’échangeur de Bussigy, la pluie sur la neige dans le froid, le brouillard, les amendes pour avoir dépassé le temps de parking d’un quart d’heure.

La plupart des gens d’ici qui ont été en Suisse n’y sont restés que quelques … heures lors d’un passage en Europe. Trop chère pour y manger. Trop chère pour y passer la nuit. Il n’ont pas d’image réelle de la Suisse.

Ni la dame à gauche, ni le monsieur assis sur le trottoir ne sont connus ici. J’aime cette conception de la modestie suisse

LA SUISSE QUI ME REND FIER

Abordons les meilleurs côtés de la Suisse

LA SUISSE QUI ME REND FIER

Notre modestie, un conseiller fédéral assis sur le bord d’un trottoir, une présidente de la confédération prenant dans ses bras un champion olympique, ou la même présidente assise sur des marches dans le train car il n’y a plus de place libre, me rendent fier d’être suisse.

LA SUISSE QUI EST ANCRÉE EN MOI

J’ai une éducation suisse – que je ne peux renier – un caractère, une rigueur, une vision suisse. Je sais que le monde est pluri-culturel, pluri- linguistique, pluri-religieux. Je comprends – viscéralement – la non ingérence, la neutralité et la vie en minorité.

LA CUISINE SUISSE

Bien sûr que le gruyère restera toujours le gruyère, surtout s’il est salé. Mais la cuisine chinoise, thaïlandaise, hindoue, philippine, indonésienne que je trouve quotidiennement ici, me satisfont aussi pleinement. C’est plus dans ce que je ne pourrai jamais manger que je prends conscience de mes origines. Le durian – je vous en ai déjà parlé – mais aussi certains fruits de mer, piments ou mélanges avec de la noix de coco freinent mon intégration.

CE QUI ME MANQUE DE LA SUISSE

J’aurais tendance à dire: rien. Il y a dans les – plus de 50 – pays dans lesquels j’ai voyagé, toujours quelque chose d’admirable, de touchant, d’unique et d’attachant. Y compris en Suisse d’ailleurs. Mais on ne vit pas de souvenirs, de comparaisons ou de regrets. J’ai appris la flexibilité, la relativité du temps, la tolérance de la différence et de VIVRE LE MOMENT PRÉSENT. Et j’ai aussi appris les sourires, la bonne volonté, la “débrouillardise” et surtout la différence.

CE QUI ME MANQUE EN SUISSE

Lorsque je repasse en Suisse, deux choses – de l’étranger – me manquent particulièrement.

La première c’est l’ESPACE. Partout ailleurs – ou presque – il y a une réelle possibilité d’avoir de l’espace, sauf peut-être dans des endroits spécifiques comme Hong Kong. Mais même à New York, hors Manhattan, la vie paraît moins dense, moins étouffante que dans nos centres et sur le Plateau.

La deuxième chose est la TOLÉRANCE des DIFFÉRENCES. En Suisse la tolérance maximale – j’exagère à peine – est d’être romand. Ici des autochtones, des chinois, des hindous et des nationaux portent le même passeport. J’apprends quotidiennement de leur cohabitation comment tolérer les différences.

Avec 5 religions différentes, (l’islam (55%), le bouddhisme (17 %), le taoïsme (10 %), le christianisme (8 %) et l’ hindouisme (8 %)) nous avons plusieurs cycles différents de fêtes religieuses (et plusieurs occasions de fêter le Nouvel An). Une tradition très forte veut que lors d’une fête religieuse, on OUVRE les PORTES de sa maison pour recevoir et nourrir les gens des autres religions. C’est étonnant mais c’est l’occasion de croiser et de partager des moments forts avec tout le monde. Il faut l’avoir vécu une fois pour le croire.

EST-CE QUE JE PRÉVOIS UN RETOUR EN SUISSE ?

Un temps, ce sont nos solutions sanitaires qui auraient pu me faire revenir. Puis j’ai fait un long séjour à l’hôpital ici où, grâce à leur savoir faire, ma vie a été sauvée. Ensuite j’ai subi une opération du coeur dans un autre pays étranger. Depuis je n’ai pas peur de vivre sans notre LAMAL.

Il est – néanmoins – sage de ne jamais dire jamais. Je n’ai pas – évidemment – la certitude du renouvellement de mon visa, et potentiellement aucune garantie de pouvoir rester au-delà de son terme. Mais si ça ne va pas ici, avant d’envisager le retour en Suisse, j’irai voir plus loin, ailleurs.

CE QUE LA SUISSE POURRAIT ENCORE FAIRE

Ce que j’apprends des autres

Ici tout se fait avec 20 % d’effort pour 80 % de résultat et ça fonctionne très souvent. Donc – pour le même effort – mieux vaut faire 5 choses à 80 % qu’une seule à 100 %. Dit autrement, “le mieux est l’ennemi du bien”. Laissons la micro-technique aux micro-techniciens. N’en faisons pas un art de vivre absolu.

L’histoire, le passé, les habitudes sont très souvent des freins au développement. Certaines solutions sont possibles ici car on ne sait pas qu’elles sont impossibles. Imaginez couvrir d’un toit en verre nos rues médiévales (je pense aux rues d’Yverdon par exemple) pour les rendre accueillantes, attractives pour les commerces et animées quelque soit le temps. Impensable. Singapour l’a fait. Kuala Lumpur l’a fait également.

LA SUISSE VUE D’ICI

Un avantage auquel on ne pense pas lorsqu’on vit en Suisse est qu’elle n’a jamais colonisé le monde. C’est un énorme atout. Partout on est bien reçu.

Réponse du quiz: Quel est le NOM de FAMILLE SUISSE mondialement connu ?

Je suis ABSTENTIONNISTE car la Suisse est – DE MOINS EN MOINS – en prise avec le monde d’aujourd’hui. Ici autour se trouve plus de la moitié de la population mondiale. Nous avons encore – en Suisse – des institutions et une politique de Waldstätten que ne dément pas notre combat pour la longueur des cornes des vaches.

LA PART LA PLUS IMPORTANTE DE LA SUISSE

La BONNE NOUVELLE c’est que je ne suis pas tout-à-fait impartial dans ma description. J’ai oublié de vous dire que j’ai – l’immense chance d’avoir – avec moi, depuis bientôt 20 ans, un petit bout de suisse, avec un large sourire et de jolies taches de rousseur, qui ensoleille quotidiennement ma vie.

De temps en temps un peu de crème Stalden, de Toblerone blanc et ça repart.

L’autre BONNE NOUVELLE c’est que le bonheur ne vaut que s’il est partagé. Et qu’en définitive, le monde est partout beau si vous avez la chance de le parcourir avec la femme de votre vie.

Je vous souhaite une belle et agréable journée.

PS: La semaine prochaine je vous parle plus sérieusement du plus gros défaut de la démocratie, les choix imposés par la masse souvent inculte, ou la dictature de l’arbitrage de cette majorité. A jeudi prochain.