FAKENEWS & BOBARDS (2) – L’ANAMORPHOSE

Les Gilets Jaunes en crise d’adolescence.

Les revendications émises par les gilets jaunes.

Du peu – de contenu – que j’ai pu en lire, les revendications concernaient principalement des taxes sur l’essence qui pénaliseraient les moyens de transport des Français pour aller travailler.

“Si le prix du carburant augmente, nombreux seront les automobilistes qui se priveront de leur voiture”.

En fait cette revendication – comme le rappelle le Huffingtonpost – a paru en une du quotidien L’Intransigeant en date du 19 décembre…. 1937. Les gilets jaunes de l’époque s’appelaient alors le Front de l’automobile. Il n’y a donc rien de nouveau.

Que dit la réalité des chiffres ?

LE TRAJET MÉDIAN

  • Pour 50 % des pendulaires, le trajet médian est inférieur à 15 km. Depuis 1999, en 14 ans (dernière statistique disponible comparable 2013), cette distance médiane n’a augmenté que de 1.6 kilomètre (14.6 contre 13).
  • Pour 33.7 %, la distance est inférieure à 10 km. INSEE 2013
  • Pour 30.5 %, la distance est comprise entre 10 et 20 km – (sans changement par rapport à 1999).

A première vue, rien qui n’indique une dépréciation majeure de la situation. Au contraire – attention quand même aux limites des statistiques – malgré une augmentation des propriétaires de maison individuelle, un marché du travail plus difficile, la longueur du trajet médian n’augmente que de 100 mètres/an.

LE TRAJET MOYEN

  • Le trajet domicile-travail moyen est de 25,9 km.
  • Il y a en France plus de 240 pôles urbains. La moyenne est tirée vers le haut par les trajets plus importants des 787 000 navetteurs (sur les 18 millions d’actifs occupés qui y résident) qui quittent leur pôle de résidence pour se rendre dans un autre grand pôle.
  • En 2013, en augmentation de 50 % depuis 1999, 383 000 personnes quittent le territoire français pour se rendre à leur travail situé à l’étranger (soit 1,5 % des personnes ayant un emploi). Principalement en Suisse et au Luxembourg.

La différence entre les trajets moyens et médians est due principalement aux longues distances effectuées entre les pôles, sur l’étranger et par les propriétaires de résidences secondaires. Mais il faut savoir que :

  • Les navetteurs sont surreprésentés parmi les ingénieurs, les cadres d’entreprise et les 56 % des ménages propriétaires d’une maison individuelle en 2018 (contre 54.3 % en 1988).
  • Le taux des propriétaires ayant remboursé leur emprunt (donc sans dette sur leur résidence principale) est passé de 28.4 % à 37,6 % pendant la même période.

On peut comprendre que l’attrait d’un travail à l’étranger, de cadre d’entreprise ou l’amortissement d’un bien immobilier, puisse motiver quelques kilomètres de trajet supplémentaires.

LE COÛT DE REVIENT DU KILOMÈTRE

Le prix de l’essence 95 SP est, en 2018 en France, dans la moyenne basse européenne (en comparaison avec les revenus médians européens de 2017) et meilleur marché qu’en 1990.

Coût de 50 litres d’essence en mars 2018 par rapport au revenu médian européen 2017. Tableau fait par les Décodeurs

LE COÛT DE REVIENT COMPARÉ AU SMIC

  • Le smic horaire était en 1990 de FF 31,95 francs et au 1er janvier de 2018 de € 9.88.
  • Une heure de travail paye 5.97 litres de SP 95 en 1990 contre 6.31 litres en 2018.
  • Entre 1995 et 2017 la consommation par l/100km a diminué de 7.5 à 5.1 l/km.

Le smic horaire, en € constant, permet l’achat de plus d’essence en 2018 qu’en 1990.

ÉVOLUTION DU COÛT DU DÉPLACEMENT

Le Monde calcule que pour acheter l’essence nécessaire pour parcourir 100 kilomètres avec un véhicule, un travailleur rémunéré au SMIC doit travailler en moyenne en France :

  • 160 minutes en 1980
  • 100 minutes en 2012
  • (et 49 minutes selon mes calculs en 2018).

Donc, là N’EST – définitivement – PAS le problème

Comment expliquer les dégâts de cette revendication ?

Comment alors expliquer la CRISE qui a causé :

  • 10 morts dus aux affrontements
  • plus de 5 millions d’euro de dégâts au domaine publique (sans parler des magasins pillés et vandalisés)
  • 30 % de chute des ventes du commerce de détail lors des manifestations (sur 15 milliards de chiffre d’affaires)
  • plus de 42’000 jours chômés (pour ceux qui peuvent y avoir droit).

Une CRISE d’adolescence

La crise des GILETS JAUNES, que vit le système, est comparable à celle des ADOLESCENTS.

Dans les deux cas ils ont atteint leur LIMITES d’allégeance au
système .

CONSEILS à CE JEUNE HOMME : Tiens bon mon garçon. Affûte tes propres valeurs. Il y a UNE VIE après l’adolescence. Et c’est LA TIENNE.

La CRISE d’ADOLESCENCE se produit lorsque les adolescents entrent en conflit avec le SYSTÈME (familial), dans un processus de MATURATION et d’INDÉPENDANCE. Ils ont un fort besoin de s’émanciper du système de valeurs de leurs parents, de manière parfois agressive et désordonnée et de prendre leur AUTONOMIE.

Les REVENDICATEURS (adolescents/gilets jaunes) entrent en rébellion contre le système qui leur est imposé (par leurs parents/la démocratie) poussés par le sentiment d’un fort refus d’ALLEGEANCE.

Au moment où les contraintes d’ALLEGEANCE deviennent trop importantes, débute la rébellion. Bien des familles connaissent ce passage. La crise des gilets jaunes peut être comparée à celle des adolescents.

  • La crise d’adolescence n’est rien d’autre que le REFUS d’ALLÉGEANCE à une partie du système. C’est confus, c’est diffus, c’est parfois violent car c’est souvent un besoin viscéral.
  • Le système familial n’est pas suffisamment SOUPLE pour intégrer la différence et la MATURATION et l’AUTONOMIE des enfants.
  • La crise des gilets jaunes n’est rien d’autre que le REFUS d’ALLÉGEANCE à une partie du système. C’est confus, c’est diffus, mais c’est viscéralement clair. La démocratie n’est pas suffisamment SOUPLE pour intégrer la DIFFÉRENCE et l’INDÉPENDANCE des citoyens.

Comme lors de la crise d’adolescence, l’idéal serait de faire une PROPOSITION de solution avec une nouvelle COHÉRENCE.
Ce n’est le cas :

  • Ni du système (familial/sociétal) qui ne se remet pas en cause. Car il ne comprend pas, ni n’intègre, le BESOIN profond des REVENDICATEURS.
  • Ni des revendicateurs, qui se limitent à exprimer leur OPPOSITION. Car la méconnaissance du système ne leur permet pas de faire des propositions d’AMÉLIORATIONS cohérentes.

Dans les deux crises, les spectateurs (autres parents dans le cas des adolescents, commentateurs des médias dans le cas des gilets jaunes) ne comprennent pas le problème et n’ont pas de solution mais se rangent en deux catégories :

  • répressif-moralisateur – type PARENTS (“yaka” travailler plus et mieux, “yveron” quand ils seront plus grands)
  • casseur-révolutionnaire – type ADOLESCENTS (“yaka” abolir la contrainte, “yveron” quand je serai grand).

Il est d’ailleurs très étonnant de retrouver ces deux catégories jusque dans les commentaires des lecteurs des journaux.

En ce qui concerne les gilets jaunes, tant les MÉDIAS que les FAISEURS de POLITIQUE, spécialistes du déguisement, rois de la mauvaise foi, ont créé une ANAMORPHOSE, par laquelle ils ont déformé la réalité.

Ils nous ont fait croire que le problème venait du prix de l’essence, alors que c’était tout autre chose.

Malgré tout leur savoir faire, ils sont donc incapables de nous fournir une PROPOSITION car leur lecture du problème est BIAISÉE. Ils doivent reconnaître que leur STOCK de FAUSSES RAISONS habituelles n’a pas suffi à expliquer ce qui s’est passé.

Il existe pourtant deux RÉACTIONS POSITIVES face à ce type de crise :

  • repenser le SYSTÈME (familial/sociétal) pour qu’il intègre le changement dans la DIVERSITÉ des VALEURS.
  • reconnaître l’autonomie des REVENDICATEURS face au SYSTÈME (familial/sociétal) qu’ils puissent vivre leur propres VALEURS hors système.

Le système démocratique ne permet plus l’INTÉGRATION d’une grande partie des citoyens. Le DICTÂT DOGMATIQUE de la MAJORITÉ n’est plus une réponse suffisante pour une MAJORITÉ de MINORITÉS.

La BONNE NOUVELLE est qu’il existe une vie d’ADULTE après l’adolescence.

L’AUTRE BONNE NOUVELLE c’est que même si les gilets jaunes/adolescents n’ont pas de solutions cohérentes, ils sont le symbole du besoin d’évolution du système et de la poursuite de sa CONSTRUCTION et de notre FUTUR.

Le symbole des gilets jaunes est aussi – et avant tout – CONSTRUCTIF. S’en souvenir.

Je vous souhaite une bonne et agréable journée.

PS : Prochain sujet très personnel. Je vous parle d’une fontaine et d’Elvire.
A jeudi prochain.