Je suis ABSTENTIONNISTE car vos COMBATS ne me concernent pas

Socialement nous n’avons fait aucun progrès depuis l’époque du duel

LE DUEL

Le duel est un combat (anciennement par les armes) selon des règles précises, pour trancher un différend entre deux adversaires. Ce combat se déroule devant des arbitres, qui veillent au respect des règles ainsi que des conventions particulières fixées au préalable.

Le duel – appelé aussi duel judiciairevisait à fixer les termes de la résolution du conflit et constituait une sorte de droit pénal contractuel en permettant à la liberté individuelle de régler ses affaires sans recours à la justice publique.

Il y avait soit, un duel de plaisance – c’est-à-dire pour la galerie – pour lequel les arbitres fixaient le nombre de touches, soit, un duel à outrance lorsque les arbitres convenaient d’un combat à mort.

C’était une façon « noble » de traiter les problèmes qui donnait ainsi plus de prix à la dignité qu’à la vie, à la manière qu’à l’intérêt de la justice.

Le principe du DUEL n’a jamais été remis en cause à tel point qu’aujourd’hui encore non seulement on le pratique, mais on en a fait un OUTIL D’ENSEIGNEMENT et de jugement.

Les supporters de Manchester United se retrouvent tous les week-end devant leur poste de télévision pour assister à des duels contre Chelsea ou Liverpool. Ils ne sont pas les seuls. Lorsque les citoyens (ceux qui ne pratiquent pas la pêche) se rendent aux urnes c’est pour prendre et valider une position dans le cadre d’un duel entre la gauche et la droite, le pour et le contre, l’augmentation ou la diminution, l’allongement ou la suppression.

Le problème est réglé car le gagnant GAGNE et le perdant PERD et n’a rien à dire. C’est plus la manière de présenter les options que l’intérêt du citoyen qui compte et l’on ignore souvent l’équité et la justice.

Comme dans le duel, la force, la chance et éventuellement la ruse comptent plus que l’intelligence, la cohérence et le bien-être.

Notre éducation nous apprend à LUTTER, à COMBATTRE, à devoir se BATTRE partout, tout le temps, des jeux olympiques aux championnats du monde en tout genre, de la politique à la religion, en passant par l’enseignement, le choix d’un traitement médical ou d’un modèle d’enseignement.

Socialement nous n’avons fait aucun progrès depuis l’époque des duels à outrance, ceux-là même qui entraînent la mort. Et ce n’est pas Senna qui me contredira.

LE COMBAT

Le combat est indispensable à notre survie. Le monde qui nous entoure, les événements de la vie, les obstacles nécessitent souvent qu’on les combattent. Et ceci est valable pour toutes les créatures sur terre. Mais – à ma connaissance – l’homme est la seule qui se batte autant – y compris par plaisir, de manière systématique et répétée – contre lui-même. Je n’ai pas connaissance de défis entre animaux le dimanche après-midi entourés de spectateurs hurlants et vociférants en buvant des bières.

A ce niveau là, nous nous couvrons de ridicule.

Le pire c’est que c’est totalement inutile pour au moins 2 raisons :

  • Les duellistes n’ont rien réglés, ni rien appris, puisque Manchester United va se retrouver plusieurs fois par saison – et recréer son duel – contre Chelsea et/ou Liverpool.
  • Le résultat ne sert à rien, ni à personne puisque les compteurs sont remis à zéro à la fin de chaque «saison».
Vos combats, votre vision du monde, vos jeux du cirque ne m’intéressent pas et ne me font ni ENVIE, ni RÊVER.

QUELLE SOLUTION ?

Première remarque, s’il y a beaucoup de vocabulaire dans les domaines de la lutte, du combat et du duel comme : acharnement, affrontement, antagonisme, attaque, bagarre, baroud, bataille, boxe, catch, choc, collision, combat, compétition, concurrence, conflit, contestation, débat, défense, dispute, duel, échauffourée, effort, émulation, guerre, heurt, hostilités, joute, entrée en lice, mêlée, mobilisation, offensive, opposition, pugilat, querelle, résistance, révolte, rivalité, rixe, soulèvement et même tournoi, il y en a beaucoup moins lorsqu’il s’agit de trouver un ANTONYME.

On aurait peut-être : accord, paix, affinité, entente, voire résignation, abandon, cessation, lâcher prise ou reddition.

Du vocabulaire plutôt négatif, passéiste et résigné.

Notre éducation – de petits guerriers – ne nous a pas appris de solution de remplacement à la bagarre. La LUTTE, c’est tout ce que nous savons faire.

Au pire on apprend au vaincu à se soumettre, au mieux à accepter la solution imposée par le vainqueur sous la raison – fallacieuse – du compromis.

L’ÉTABLISSEMENT D’UN COMPROMIS

Un compromis est un arrangement dans lequel deux (ou plusieurs) parties font des concessions mutuelles dans le but d’arriver à un accord. Le terme compromis peut également désigner le résultat de cet arrangement découlant d’un choix entre plusieurs solutions dont – souvent – aucune n’est totalement satisfaisante.

Sauf qu’en règle générale, c’est le vaincu – résigné – qui fait le compromis d’accepter la solution du vainqueur.

A priori, le compromis est souvent vu comme : accommodement, accord, ajustement, décision amiable, arbitrage, arrangement, composition, concession, conciliation, contrat, convention, cote mal taillée, demi-mesure, moyen terme, solution intermédiaire,traité ou transaction.

Sauf que compromettre – au figuré – veut aussi dire mettre quelqu’un dans une situation difficile, risquée pour nuire à sa réputation, à son honneur, le discréditer, lui porter préjudice. Je me suis COMPROMIS n’est pas spécialement positif.

De plus il n’y a pas loin entre COMPROMIS et COMPROMISSION .

Donc il nous faut chercher autre chose que le compromis.

Une autre façon de résoudre les CONFLITS

AUTRE CHOSE

Il nous faut trouver une solution qui ne dépende pas du résultat du duel – et donc de la puissance, de la force ou de la ruse du vainqueur – mais qui ENGLOBE les deux points de vue. Il nous faut un solution qui RASSEMBLE plutôt qu’elle ne divise, qui SOLUTIONNE plutôt qu’elle ne punisse.

Cette solution NE SE TROUVE PAS DANS LA LUTTE.

Idéalement, cette solution devrait être vu comme : accommodement, conciliation, entente, arrangement, terrain d’entente, accord, juste milieu, équilibre, marché, contrat, aménagement ou composition.

En un mot, elle devrait délivrer un consensus, c’est-à-dire un ACCORD entre le plus fort et le plus faible, entre le dominant et le dominé en dehors du rapport de force.

Il nous faut des nouveaux outils. Le premier pourrait s’appeler MÉDIATION et dans notre cas MÉDIATION SOCIALE.

MÉDIATION SOCIALE

La médiation sociale est un processus de concertation volontaire entre parties en conflit, géré par un tiers indépendant qui facilite la communication et amène les parties à trouver la solution par elles-mêmes.

La MÉDIATION SOCIALE est une approche relationnelle visant à privilégier l’entretien, le maintien et ou le rétablissement de liens de sociabilité entre des personnes.

La MÉDIATION SOCIALE est interculturelle et permet d’établir des liens de sociabilité entre des gens issus de cultures différentes et de pouvoir communiquer avec succès avec eux.

La base d’une communication interculturelle réussie est la compétence émotionnelle et la sensibilité interculturelle. Cette faculté devrait être enseignée à l’école et être développée de manière méthodique.

De la médiation découle alors un consensus, un accord, un arrangement, un accommodement ou même une conciliation, voire une réconciliation.

La médiation est une autre façon de régler les problèmes, encore faut-il l’enseigner et – peut-être – arrêter de vendre des jeux de guerre, des films de guerre et de valoriser le vocabulaire de guerre et les Jeux Olympiques. Mais ça c’est moins porteur pour nos faiseurs de politique – qui ne savent pas CONSTRUIRE – que de LUTTER contre des chimères (lire le climat).

Utiliser l’épée pour AIDER, lutter contre la PAUVRETÉ, pas contre les HOMMES

Je suis ABSTENTIONNISTE car je ne trouve aucun plaisir et aucune raison à la lutte entre humains. Si je comprends qu’on se regroupe pour lutter contre un virus, contre la pauvreté et/ou contre l’analphabétisme, je ne vois pas la nécessité d’acheter une écharpe de Manchester United. A ma connaissance les singes ne sautent pas de joie sur les gradins en buvant des bières. Pour moi, une écharpe de Manchester United ne fait pas HONNEUR à ma condition d’être humain.

La BONNE NOUVELLE c’est que plus de 40 % des gens – qui se sont mariés – ont compris que la vie n’est pas un duel, mais un PARTENARIAT. Le conjoint n’est pas un obstacle à BATTRE. La MÉDIATION est quotidienne. On construit, on reconstruit et si on lutte, on LUTTE ENSEMBLE.

L’AUTRE BONNE NOUVELLE c’est qu’il suffirait – souvent – de peu pour cesser le combat. Puisque les joueurs de Manchester United passent leur temps à LUTTER pour prendre le ballon à leurs adversaires (et à lutter pour ne pas se le faire prendre) pour aller le METTRE (en luttant contre leurs adversaires qui y sont opposés) dans le but qui n’est pas le leur, pourquoi ne pas:

  • voter un crédit pour l’achat d’un SECOND BALLON ?
  • INTERVERTIR l’attribution des côtés de chaque équipe au début de la rencontre ?

Ainsi les joueurs de Manchester United pourraient mettre autant de fois qu’ils le désirent leur BALLON dans le but – SANS ENTRAVE et SANS COMBAT ?

C’est juste une question. Mais si l’on comprend que le combat de Manchester United est vain, on comprendra aussi que l’achat pour CHF 8 milliards d’avions militaires est un jeu stupide.

Je vous souhaite une belle et agréable journée

PS : la semaine prochaine je vous parle de Galilée et du jugement. A jeudi prochain.

4 commentaires sur “Je suis ABSTENTIONNISTE car vos COMBATS ne me concernent pas”

  1. Bonjour,

    Je suis un peu désolé d’être le seul à causer ici. Mais j’apprécie vos billets qui évoquent toujours quelques idées en moi.

    Ici, je vois la question de façon un peu plus nuancée car j’ai du plaisir à voir un bon match de foot, de hockey ou de tennis qui sont effectivement des duels et dont les protagonistes semblent souffrir atrocement.
    J’ai d’ailleurs participé au championnat suisse de pocketbike avec quelques podiums à la clé. Et ce n’est pas sans fierté que j’évoque des courses avec Tom Lüthi et Pascal Aegerter qui étaient des ados à l’époque.
    Mais c’est aussi un jeu et il est possible de voir ces joutes avec détachement.

    Lorsque ma fille m’a initié au GSHC, je me moquais volontiers d’elle lorsque “son” équipe perdait et je lui faisait remarquer que ce qui faisait l’intérêt du jeu était non pas qu’une équipe gagne mais que le spectacle soit intéressant. J’ai donc assisté à toute une saison sans avoir de préférence particulière pour une équipe même si je dois avouer préférer la prise de risque et l’imagination au pragmatisme défensif d’une équipe comme celle de Berne qui, comme Mercedes, gagne toujours.

    La vie aussi peut être considérée comme un terrain de jeu si nous sommes capable de ne pas trop se prendre au sérieux. Je dirais même que la qualité de vie augmente de manière proportionnelle à notre capacité à l’humour et la dérision sans cynisme, avec compassion.

    Si l’on observe la nature et plus particulièrement le monde animal dont nous avons quantité de reportages, nous observons que la lutte est une condition de survie de chaque instant. Chaque bête est en permanence sur le qui-vive pour ne pas se faire bouffer et passe son temps à chercher à bouffer.

    Je comprends bien qu’on puisse se gausser de ces jeux de cirque qui ont pris des proportions délirantes dans les arènes romaines avec une foule ignare qui en redemande sur le principe du pain et des jeux. Je suis aussi sceptique sur ces distractions qui sont offertes à un public soucieux d’oublier sa condition malheureuse par un spectacle souvent désolant qui lui permet d’oublier pour un temps sa finitude.

    Mais j’apprécie aussi la capacité de l’homme à se dépasser tant dans la performance physique que dans ses réactions émotionnelles. Pour autant qu’il soit capable de comprendre la limite et qu’il respecte son corps, l’outil qui lui permet de la repousser. Car malheureusement, pour la plupart des sportifs de pointe, ils en viennent à prendre des substances juste pour combattre à armes égales avec ceux qui se foutent des conséquences de ces pratiques.

    L’idée consiste donc à devenir capable de jouer de manière gratuite, pour la beauté du geste et sans considération pour le résultat. Mais du coup je doute qu’il y ait encore un public pour assister à ces duels, ces combats sans véritable gagnant/perdant entre des équipes qui ne représentent rien de particulier. Et le public est ce qui met du piment à l’affaire et qui permet à toutes sortes de business de se développer.
    Le trac d’un danseur qui monte sur scène est un sentiment si fort qu’il en devient une drogue et qui pousse à la performance. Sans public, plus de motivation.

    1. Monsieur,

      Ne soyez pas désolé. J’ai hésité à ouvrir les commentaires directement sur le blog de la TdG. Cela aurait certainement augmenté les retours. Le seul défaut est que ces commentaires n’auraient pas fait partie de mon blog et auraient dépendu de la bonne volonté de la Tdg. J’y ai renoncé. Merci de faire l’effort de venir déposer les vôtres sur mon blog.

      Je respecte votre point de vue, même si je ne partage pas votre plaisir à voir un match de football, de hockey ou de tennis. Là où je vous rejoins par contre, est que nous pouvons prendre cela comme un jeu et non un duel. Alors pourquoi ne pas se retrouver autour d’un terrain de football pour voir un match régional (IV ou V ème ligue) où nous aurons tout loisir de rencontrer Roger où René et d’avoir de vraies relations ?

      Le combat est indispensable pour notre survie. Le monde animal se bat pour sa survie. Nous nous battons – entre hommes – pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la survie. Ce n’est pas digne de notre évolution.

      « L’idée consiste donc à devenir capable de jouer de manière gratuite, pour la beauté du geste et sans considération pour le résultat. »
      J’adore votre phrase. Encore une fois, pourquoi ne pas nous retrouver autour d’un terrain pour une rencontre de copains ?

      « Mais du coup je doute qu’il y ait encore un public pour assister à ces duels, ces combats sans véritable gagnant/perdant entre des équipes qui ne représentent rien de particulier. Et le public est ce qui met du piment à l’affaire et qui permet à toutes sortes de business de se développer. »

      Le – manque de – public ne m’a jamais empêché d’avoir du plaisir à skier.
      Les gens devraient moins regarder et plus faire.

      Cordialement.

      1. Merci pour votre retour, j’apprécie ces discussions.

        “Nous nous battons – entre hommes – pour des raisons qui n’ont rien à voir avec la survie. Ce n’est pas digne de notre évolution.”

        Je ne suis pas certain que ce soit le cas. Je dirais que nos vies sont devenues plus complexes et sophistiquées et que nos combats sont des dérivés de la variante plus essentielle de survie. A part quelques cas de malades qui se sentent obligé de nuire.
        Cette remarque vient de mon sentiment, qui reste à vérifier, que l’homme n’est fondamentalement ni bon, ni mauvais, et qu’il fait du mieux qu’il peut pour simplement vivre le moins mal possible. Ce n’est que lorsqu’il atteint un certain niveau de conscience (je sais c’est un gros mot qui demanderait à lui tout seul de longs développements) qu’il réalise que son bien être dépend étroitement de celui des autres et que le don, au sens large, est source de libération.

        “Encore une fois, pourquoi ne pas nous retrouver autour d’un terrain pour une rencontre de copains ?”
        Je pense que c’est ce que font la plupart des fan qui vont aux matches. Pas comme moi, devenu sauvage et qui préfère le confort de mon fauteuil avec les replays, les gros plans, les ralentis de la transmission en direct, sans le raffut de l’arène.

        “pour voir un match régional (IV ou V ème ligue)”
        Bon ben là c’est facile. Et c’est tout le drame de la compétition qui pousse les athlètes au delà du raisonnable pour offrir du spectacle. Car ne vous en déplaise, le simple fait que Genève Servette remonte en 1ère ligue va tout simplement permettre de remplir le stade et combler les déficits. C’est mathématique, économique.
        On peut aussi illustrer cette question avec l’audience des matches de tennis féminins. Tout est plus lent, moins puissant, moins spectaculaire.
        Je dirais pour ma part que le spectacle est permanent, il se déroule sous nos yeux dans la rue et il n’y a pas besoin de se rassembler dans ces “églises”, ces temples du sports, pour vénérer, ovationner et s’identifier aux meilleurs. Le simple quidam qui glisse sur une peau de banane offre une chorégraphie inimitable que nos cerveaux sont capable de mémoriser et de repasser en boucle avec ralenti la séquence.
        Il est d’ailleurs intéressant d’observer que le cinéma évolue vers plus de réalisme, à l’exception des blockbusters qui abusent des effets spéciaux. On ne supporte plus un acteur qui en rajoute.

        “Le – manque de – public ne m’a jamais empêché d’avoir du plaisir à skier.
        Les gens devraient moins regarder et plus faire.”
        Sauf que là on est dans un sport individuel. On ne parle plus de duel. Maintenant, je dois vous avouer que je suis ravi de pouvoir me projeter dans la tête d’un pilote d’avion de chasse sans avoir à passer le brevet. Moins et plus sont des qualificatifs forcément relatifs qui n’ont pas de sens propre et qui perdent leur sens lorsqu’on tente de cerner une question globale.

        Merci pour ces discussions intéressantes.

        1. Monsieur,

          Merci de votre assiduité.

          Je crois – au contraire – que nos vies sont devenues de plus en plus faciles. De vivre quotidiennement dans un pays du tiers monde, me montre tous les combats que NOUS N’AVONS PLUS. Vous dites « (…) l’homme (…) fait du mieux qu’il peut pour simplement vivre le moins mal possible ». Vraiment ? Le mieux qu’il peut ?

          J’aurais espéré que nos valeurs d’êtres humains aient pu nous amener bien plus loin, ailleurs, sous d’autres cieux.

          Le ski est un sport individuel, dites-vous. Mais cela n’empêche pas que les gens aient recréé des combats, soient assis devant leur télévision et comparent deux individus séparés par quelques centièmes de seconde.

          J’apprécie – également – notre échange.
          Merci de vos commentaires.

          Cordialement

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