LA JUSTICE OU LE SYNDROME DE JEAN VALJEAN (2/3)

Quelle aurait été sa peine – MINIMALE – en volant 1 seul croissant ?

Dans le roman de Victor Hugo “Les Misérables”, Jean Valjean est condamné à CINQ ANS de bagne pour avoir VOLÉ UN PAIN afin de nourrir sa famille.

RISQUE MINIMAL – SANCTION MINIMALE INCOMPRESSIBLE

À quelle peine aurait-il fallu condamner Jean Valjean s’il n’avait pris qu’un SEUL CROISSANT ?

La QUANTITÉ volée a été le sujet d’un premier billet, la sanction MINIMALE INCOMPRESSIBLE celui du présent billet et les FAÇONS D’ÉVITER la peine le billet de la semaine prochaine.

CONCERNANT L’UNIQUE CRITÈRE DU RISQUE MINIMAL :

  • Quelle serait la PLUS PETITE SANCTION INCOMPRESSIBLE qui serait appliquée pour le vol d’UN SEUL croissant ?
  • COMMENT et QUAND serait-elle appliquée ?

La réponse facile est la relaxe. Mais relaxe veut dire “sans sanction”. On ne répond donc pas à la question.

Osons un synonyme qui serait une PETITE PEINE assortie d’un COURT SURSIS. Bien que ce gros AVERTISSEMENT SANS FRAIS revienne – en fait – à une sorte de relaxe.

QUELQUES NOTIONS D’ÉQUITÉ

A partir de degré de faute, la peine minimale est-elle applicable (ou appliquée) ? Surtout quand et comment APPLIQUER LA SANCTION MINIMALE lorsqu’elle est incompressible ?

La justice qui a sanctionné Jean Valjean à cinq ans de prison pour le vol d’un pain, pensait que le vol était un délit très grave.

Fixer une lourde peine, pour un léger méfait, ne laisse pas beaucoup de marge progressive à la justice pour punir les méfaits plus importants.

Notre justice – moderne (?!?) – a-t-elle appris quelque chose dans l’application d’une peine minimale ? Voyons un cas précis.

Dame – avec un foulard – qui serait exclue des charges publiques genevoises suite à la loi sur la laïcité

QU’EN EST-IL AUJOURD’HUI ?

LORSQUE LA SANCTION MINIMALE NE PEUT PAS ÊTRE PROGRESSIVE

Dans l’application de la nouvelle loi sur la laïcité acceptée par les Genevois le 10 février 2019, il n’y a qu’un SEUL CHOIX POSSIBLE – hormis la relaxe – c’est l’EXCLUSION.

La PLUS PETITE SANCTION INCOMPRESSIBLE est également la plus grande, c’est l’EXCLUSION. Il n’y a pas de palier intermédiaire, de tolérance, de nuance(s) possible(s). Il n’y a qu’une SEULE et UNIQUE SANCTION.

Pour sanctionner, on peut penser que le crime est grave, qu’il met en péril le fondement même de la société et qu’il y a réellement un risque majeur (que personnellement j’ai de la peine à comprendre, moi qui vis dans un pays musulman qui accepte très bien ses minorités bouddhistes, animistes et chrétiennes).

Même le viol bénéficie d’une progression des peines, voire de circonstances atténuantes. Pas la loi sur la laïcité.

On a donc exclu une femme d’un Conseil municipal dans le canton de Genève car elle portait un signe extérieur religieux sous la forme d’un foulard.

J’en déduis que la faute de cette conseillère municipale – sanctionnée d’une exclusion – est beaucoup plus grave que celles des Conseillers d’État qui mentent, ne paient pas leurs impôts, profitent d’une situation pour se faire offrir des voyages ou abusent de leurs notes de frais ?

Situation kafkaïenne – mais fictive évidemment – où l’on traiterait d’une sanction – l’exclusion – le port du foulard mais pas les délits dont la gravité est tout-à-fait “incomparable”.

Une fois de plus le ridicule ne tue pas

Comme Martin Luther King, j’ai un RÊVE et j’imagine les autres élues de Meyrin portant un joli foulard – juste un soir – par solidarité.

MAIS IL NE FAUT PAS RÊVER.

Pourtant quelqu’un l’a fait.

L’exemple nous vient de Nouvelle Zélande. Sa première ministre, Jacinda Kate Laurell Ardern, une jeune femme de 39 ans, a tout compris. Elle a porté le voile EN SOLIDARITÉ avec les musulmans qui avaient été tués dans leur mosquée. Pour elle, ce n’était PAS UN SIGNE RELIGIEUX, c’était un signe de SOLIDARITÉ.

MORALITÉ

Il semble qu’en Suisse – au contraire – l’on n’ait rien compris. Pourtant l’histoire nous avait déjà appris que les Vaudois avaient privé de culte une minorité. C’était les catholiques, et c’était en 1536. Et s’ils n’ont rétabli ce culte que le 2 juin 1810, ils l’ont fait en privant les bâtiments du culte catholique de clocher et de cloche.

Visiblement la leçon n’a pas servi.

Espérons cependant que notre intolérance pour les musulmans (et leurs minarets) ne les fasse pas attendre 274 ans – comme les catholiques – avant que nous leur rendions leur droit.

Dans un élan de SOLIDARITÉ, la première ministre néo-zélandaise arbore le voile

QU’ENTEND-ON PAR SIGNE RELIGIEUX ?

Le texte de la loi est clair. Dans son article 3, alinéa 4, il stipule: «Lorsqu’ils siègent en séance plénière, ou lors de représentations officielles, les membres du Grand Conseil et des Conseils municipaux s’abstiennent de signaler leur appartenance religieuse par des signes extérieurs».

OUI MAIS DE QUELLE RELIGION PARLE-T-ON ?

En terme de liberté de vote, est-il plus préjudiciable pour les élus d’appartenir à une religion (dogme) ou à un conseil d’administration (conflit d’intérêt) ?

Est-ce que l’appartenance à un parti n’est pas aussi dangereuse et ne devrait-elle pas être aussi sanctionnée et combattue ?

Question ridicule ? Pas vraiment. Souvenez-vous.

En juin 1937 Genève et en janvier 1938 Vaud ont déjà connu une grande – et similaire – menace pour l’ordre public. L’incarnation du mal, l’ennemi absolu ce sont alors les communistes.

Le Conseil d’État et le Grand Conseil vaudois, d’ailleurs, dans leur message aux citoyens avancent le danger que les communistes représentent pour l’État et écrivent :

«Pour la sauvegarde des libertés constitutionnelles et démocratiques, le peuple vaudois ne saurait tolérer, sur son territoire, l’activité d’organisations qui, avec l’aide de l’étranger, poursuivent la suppression de ces libertés».

Le Parti communiste vaudois n’a commis aucun délit durant ses 16 ans d’existence et ne compte peut-être qu’une cinquantaine de membres, cent au maximum comme l’écrit 24 Heures ? «La mission de l’État est de prévenir», rétorque le libéral Georges Rigassi, rédacteur en chef de la «Gazette de Lausanne».

Le Parti communiste est interdit.

Entrée en vigueur le 21 novembre 1938, la loi anticommuniste vaudoise n’a été abrogée que le 18 mars 2014.

Aujourd’hui, les Suisses n’ont toujours pas retenu la leçon – dans l’application de l’exclusion – qui voudrait que nous tolérions les musulmans et leurs minarets dans leurs différences.

MORALITÉ

Lorsqu’on ne peut pas appliquer de sanction PROGRESSIVE, et donc qu’on est dans le domaine du BLANC ou NOIR, il faut être très attentif aux domaines dans lesquels on légifère.

En Suisse, la loi actuelle en vigueur a plus de tolérance pour un VIOLEUR à qui la justice peut reconnaître des CIRCONSTANCES atténuantes, un automobiliste qui TUE deux personnes sur un passage protégé, qui obtient le SURSIS, qu’une brave infirmière qui porte un bout de tissu – comme en portait nos grand-mères – sur la tête.

On se gargarise – en se moquant de certains pays en développement – de la fameuse Déclaration universelle des droits de l’Homme adoptée à Paris le 10 décembre 1948 par l’ONU, qui affirme la primauté des droits et libertés des individus sur les droits des États et stipule que les droits de l’Homme ne doivent plus être une question d’ordre intérieur.

Mais on aime à rappeler cette déclaration uniquement lorsqu’elle nous arrange.

Ou peut-être est-ce simplement la FAÇON DE PORTER LE VOILE ?

Dame – qui serait qualifiée pour être conseillère municipale – car elle porte le voile….. LAÏQUEMENT

Je suis ABSTENTIONNISTE car LES SANCTIONS et LES EXCLUSIONS que vous prononcez ne me conviennent pas. Rendons une justice PROGRESSIVE et soyons TOLÉRANTS dans les différences.

La BONNE NOUVELLE est que certaines personnes – intelligentes – leur trouvent des parades. Merci à Madame la Première Ministre de Nouvelle-Zélande d’avoir montré l’exemple. Merci à ces très nombreuses personnes qui lui ont réservé une “standing ovation” lorsqu’elle a pris la parole devant des milliers de personnes rassemblées à Hagley Park pour un service commémoratif national en l’honneur des personnes tuées. Merci à de nombreuses Néo-Zélandaises non musulmanes d’avoir porté – à travers le pays le vendredi 22 mars – un foulard islamique en signe de solidarité avec les victimes de la communauté musulmane et pour dire leur rejet de toute forme de haine.

“C’est aussi une façon de montrer qu’aucune forme de harcèlement ou de sectarisme fondée sur un symbole religieux ne peut être admise” a dit une participante.

Même les pays musulmans s’y mettent. Plus de 700 personnes – des musulmans, juifs et chrétiens venus du monde entier – ont participé à la cinquième édition du «Forum pour la promotion de la paix dans les sociétés musulmanes», qui s’est tenue du 5 au 7 décembre 2018 à Abu Dhabi.

Alors à quand une politicienne qui montre l’exemple – et de la solidarité à cette conseillère municipale – en Suisse ?

Du coup, lorsqu’on confondra New Zealand avec Switzerland, j’en serai plutôt fier.

L’AUTRE BONNE NOUVELLE c’est que le RIDICULE ne tue pas.

Si le ridicule tuait, on serait face à un génocide. Mais l’issue de son procès ne fait aucun doute. Le RIDICULE serait relâché pour avoir agi en légitime défense.

Je vous souhaite, une douce et agréable journée.

PS: Qu’aurait dû faire Jean Valjean pour être moins – éventuellement pas – puni ? La semaine prochaine, je vous parle de la meilleure façon de désobéir. A jeudi prochain.

2 commentaires sur “LA JUSTICE OU LE SYNDROME DE JEAN VALJEAN (2/3)”

  1. Evidemment, présenté ainsi on ne peut que valider.
    Sauf que, ici aussi, il y toutes les nuances de gris entre le blanc et le noir.
    Et c’est bien ce manichéisme qui est condamnable tant dans les décisions de justice qui s’appuient sur des lois que dans les scrutins qui nous obligent à valider des paquets par un oui ou par un non.

    Pour revenir à votre exemple du voile, vous semblez faire abstraction de quantité d’éléments qui relativisent votre propos. Notamment la crainte des civilisations occidentales de voir les prédictions de Houellebecq dans son avant dernier ouvrage se réaliser.
    C’est donc aussi un principe de précaution qui s’exprime ici.

    Pour ma part, j’ai pris position artistiquement pour dénoncer les minarets dans notre pays car cette tourelle a bel et bien une fonction et n’est pas juste un objet de décor architectural.
    https://mx3.ch/t/qeX
    Je souris à votre évocation de l’interdiction des clochers en 1810 qui me fait rêver tant j’ai subit la dictature bien-pensante d’une petite commune thurgovienne qui impose à sa population un carillon à chaque quart d’heure. Je n’ai pour ainsi dire pas dormi de la nuit lorsque j’ai rendu visite à ma tante.
    Et je vais encore plus loin, en en faisant hurler plus d’un, lorsque je remets en question l’accroche de cloches au cou des vaches qui, non seulement doivent provoquer une souffrance permanente à l’animal tant par le poids que par le raffut, mais aussi qui provoque une pollution sonore diaphonique et dissonante qui n’a plus sa raison d’être à l’époque des puces de géolocalisation car la mission première était de permettre de repérer ces animaux en stabulation libre dans les pâturages de montagne.
    La liberté des uns s’arrête où commence celle des autres.

    1. Monsieur,

      Merci de votre commentaire.

      Évidemment vous avez tout-à-fait raison de dire que mon texte manque de nuances. C’est un peu l’endroit qui l’impose – sans en esquiver la responsabilité – où il “faut” – en 1200 mots – être un peu accrocheur et faire le tour d’un sujet très complexe.

      Mais s’il y une chose pire que le loup, c’est la peur du loup. Or cette peur est la nôtre. C’est notre problème. Pas celui du loup.

      Je dirais qu’une once de relativité est toujours la bienvenue. Un séjour de plusieurs années à côtoyer cette “réalité” musulmane, m’a bien plus appris de nos différences – mais aussi de nos ressemblances – que la lecture de “personnes en vue” dussent-elles faire partie de la pensée dominante au journal du “20 heures”.

      J’ai vécu ma première jeunesse dans un petit village où le clocher sonnait les quart d’heures. J’ai toujours trouvé ça pratique et réconfortant.

      Cordialement.

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