MAMAN, C’EST QUOI UN ABSTENTIONNISTE ?

Ne pose pas de questions stupides. Tais-toi et vote.

Un peu simple comme réponse.

Si ma fille me posait cette question, je prendrais le temps de lui répondre que l’abstentionnisme est un droit “de ne pas faire”. L’abstentionnisme s’applique à beaucoup de domaines différents.

On peut s’abstenir de boire de l’alcool, de toucher à la drogue ou de suivre les modes du temps. On peut s’abstenir de dire du mal de son voisin, de perdre son temps à critiquer ou de tromper sa femme.

En général, l’abstention s’applique à des domaines dans lesquels on ne trouve pas de réponses ou lorsque celles-ci ne solutionnent pas les problèmes. Cela demande d’avoir son propre avis et de ne pas se satisfaire d’un avis de masse ou de mode. Cela demande une grande force de caractère. C’est souvent plus facile de “succomber” que de s’abstenir.

Donc l’abstention est avant tout un choix personnel. Tout le monde est ABSTENTIONNISTE d’ailleurs. Tout le monde. La seule différence se situe dans les domaines dans lesquels on l’est. (La majorité des gens aujourd’hui s’abstient d’aller à l’église).

On est tous ABSTENTIONNISTE, seul le DOMAINE  diffère.

L’abstention nous définit, autant sinon mieux que nos propres choix. C’est précisément en cela que l’abstention est à la fois une décision forte et difficile.

L’abstention a parfois du bon. On pourrait même la recommander. Si tel homme politique n’avait pas fait un enfant à sa maîtresse, abusé d’alcool ou profité de puiser dans la caisse, on verrait aujourd’hui son bilan tout-à-fait différemment.

Si tu n’as pas adhéré à “Je Suis Charlie”, cela montre peut-être que tu es sensible à ne pas te laisser entraîner par une mode, une vague de sentiments épidermiques. Bien entendu tu condamnes le meurtre de ces journalistes qui est totalement inexcusable et le restera.

Cependant, tu ne peux souscrire aux moqueries et au mépris des religions de ces mêmes journalistes. Tu ne peux pas adhérer à ce mode de juger et de traiter l’autre. Tu t’abstiens. Tu es une ABSTENTIONNISTE du mouvement “Je Suis Charlie”.

ABSTENTIONNISME – pas seulement dans le local de vote

Que reproche-t-on à l’abstentionniste ?

Principalement,on lui reproche de ne pas choisir un “menu du jour”.

En fait on lui reproche ne pas accepter un choix binaire. Car en définitive, élire un politicien ou valider une de ses propositions, c’est comme choisir entre une pizza margarita et une pizza hawaïenne si l’on ne supporte ni le gluten, ni le fromage fondu.

Peut-être vaut-il mieux penser à sa santé, à son futur ou à mille autres choses. Il vaut mieux s’abstenir de prendre le “menu du jour” que d’en être malade, si on ne nous donne pas d’autre choix.

Cela implique de faire son propre choix – un choix personnel – de demander la carte.

On pourrait me rétorquer que les gens choisissent quand même. Qu’ils ont le choix entre deux pizzas. Ce n’est pas si simple. Des études – notamment celle du professeur Solomon Asch – ont montré que les gens en groupe sont très influençables. Le choix personnel devient extrêmement difficile. J’y reviendrai dans un prochain billet.

C’est souvent là que les problèmes commencent. La majorité des gens n’aime pas choisir. Les gens n’aiment pas devoir se poser des questions. Et moins ils s’en posent, et moins ils ont l’habitude de s’en poser et moins ils aiment s’en poser. Ils n’aiment pas qu’on leur présente un vrai choix, éventuellement à panacher (avec votre viande, pourrais-je vous offrir des pâtes plutôt que des frites, ou du gratin ?)

On m’a dit qu’une des raisons, pour laquelle Martin Luther avait quitté l’église catholique, était que la messe y était dite en latin. Les fidèles ne comprenaient pas ce qu’on leur disait.

Par analogie, on pourrait dire que les ABSTENTIONNISTES ont quitté la politique car ils ne comprennent pas – non plus – la soupe qui leur est servie.

L’ABSTENTIONNISTE comprend que les choix ne sont pas binaires

Sauf que l’ABSTENTIONNISTE a un avantage unique.

Il développe un outil, pour toute sa vie, un outil très fort, très puissant mais aussi très dangereux pour le système démocratique.

L’ABSTENTIONNISTE, pense de plus en plus par lui-même. Son “degré de liberté” va en s’accroissant. Son opinion est de moins en moins prédéterminée par le contexte. Il fait ses propres choix sur la base d’un accès croissant et libre à des données indépendantes dans les domaines :

  • de l’éducation,
  • du développement de l’esprit critique
  • de la résistance à la propagande
  • du développement d’autres solutions
  • de la mise en relations d’un grand nombre de sources d’information

L’ABSTENTIONNISTE se reconnaît dans une société avec :

  • une complexité de choix et de solutions croissants
  • une plus grande diversité idéologique
  • un grand détachement aux dogmes existants
  • une grande difficulté à convaincre les foules
  • une impossibilité à canaliser idéologiquement les personnes

En devenant insaisissable aux dogmes et obligations, il acquiert et développe son libre arbitre. Il sait faire des choix personnels. Cela lui donne accès à des solutions faites sur mesure, innovantes et personnelles.

C’est dangereux pour l’ancien système qui veut garder des gens soumis et saisissables.

Mais c’est un avantage pour lui (il peut facilement se faire soigner dans d’excellents hôpitaux à l’étranger (hors LAMAL) ou envoyer sa fille dans une université américaine).

Et c’est une chance pour les rapports sociaux d’évoluer de façon irréversible.

l’ ABSTENTIONNISTE fait ses propres choix

l’ ABSTENTIONNISTE est de moins en moins saisissable

La  BONNE NOUVELLE est – d’abord – pour les poissons. Contrairement à ce que prétendent les mauvaises langues, les ABSTENTIONNISTES ne vont pas à la pêche les dimanche de vote. Cela leur est en effet interdit. Pour pêcher en Suisse – j’y reviendrai dans un prochain billet – il faut un permis. Aujourd’hui il y a environ 150’000 permis délivrés. Les ABSTENTIONNISTES en grande majorité – ce qui peut représenter souvent plusieurs millions de personnes – sont donc interdits de pêche.

L’autre BONNE NOUVELLE, c’est que l’ ABSTENTIONNISTE est de moins en moins saisissable car la technologie lui donne des moyens de faire ses propres choix aujourd’hui qu’il n’a jamais eus auparavant.

Comme cette évolution est inéluctable et irréversible, alors on peut prédire :

  • Les solutions “collectivistes” telles qu’on les connaît seront obsolètes. Les gens entre eux vont s’organiser différemment, en communautés, selon leurs priorités et/ou leurs modes de vie.
  • Les mouvements idéologiques minoritaires auront le droit de cohabiter et seront reconnus. Vous pourrez choisir votre sexualité, mais aussi l’école pour vos enfants.
  • Une évolution irréversible des opinions tendra vers une indépendance maximale, ciselée et reconnue.
  • La lutte des classes, ne se reproduira pas, car c’est le système qui les crée. Elles mourront avec le système. Le mot «classe» ne voudra plus rien dire.
  • Le suffrage majoritaire de la démocratie ne sera plus le système d’arbitrage imposé à la minorité. La minorité n’aura plus la nécessité de l’approbation de la majorité.
  • Il n’y aura aucun avantage à convertir les idées des autres, si chacun y trouve son compte.
  • Les changements les plus signifiants dans notre société ne se feront plus au travers des victoires électorales ou décisions politiques. J’en parlerai dans un prochain billet.
  • On laissera du libre espace aux exceptions (Galilée, homéopathie) pour qu’elles puissent s’exprimer individuellement et/ou en minorités.

Nous avons – maintenant et enfin – des outils pour profiter de cette liberté individuelle.

INSAISISSABLE par les dogmes d’une majorité, de façon irréversible. C’est l’idée des ABSTENTIONNISTES.

Je vous souhaite une douce et agréable journée.

PS : Vous pensez que ce système démocratique va – encore – résister longtemps ?
Vous serez surpris. Rendez-vous jeudi prochain.