MON POINT DE BASCULE – UN VOYAGE À DETROIT

Ma meilleure leçon d’économie m’a été donnée par des maisons en ruine.

Le POINT DE BASCULE c’est l’instant à partir duquel les choses vont DIFFÉREMMENT.

Un point de bascule (tipping point), peut se traduire par « point de basculement sociologique », « point critique socio-dynamique », « seuil de tolérance » ou « angle de repositionnement ».

C’est une expression qui se rapporte à un moment où un phénomène singulier devient commun. Le CHANGEMENT se propage comme une épidémie et fait basculer le système vers une nouvelle organisation.

La théorie du point de bascule repose sur l’idée que, dans toute organisation, une fois que les croyances et les énergies d’une masse critique de personnes sont engagées, la conversion à la nouvelle idée se propage comme une épidémie, apportant des CHANGEMENTS fondamentaux très rapidement.

C’est ce petit détail (comme l’abandon de la pellicule pour la photo) – qui semble insignifiant – mais qui transforme le système.

Pour ceux qui aimeraient se familiariser avec ce concept, Malcolm Gladwell a écrit un excellent livre d’exemples – The Tipping Point traduit en français par Le Point de Bascule.

Mon voyage à DÉTROIT

Détroit est une ville américaine, fondée en 1701. Entre 1900 et 1930, l’industrie automobile y crée un développement considérable. De 1900 à 1950, sa population passe de 285’704 à 1’849’568 d’habitants.

Puis elle commence à baisser. En 2017, Détroit a perdu 63 % de sa population avec 673’104 habitants et devient le symbole de la déshérence urbaine.

En 2013, elle a été d’ailleurs la première grande ville américaine à demander une mise en faillite, ayant cumulé depuis des années une dette d’environ 18,5 milliards de dollars américains.

Ce que DÉTROIT m’a appris

Pour la première fois de ma vie, j’ai vu l‘ABSENCE totale de VALEUR INTRINSÈQUE de l’immobilier. J’ai vu des milliers de maisons abandonnées, des centaines de tours, d’immeubles locatifs vides. (La maison en exergue était à vendre pour un dépôt de US$ 750.- et 24 annuités de US$ 295.- soit US$ 7’830.-) Hallucinant.

  • Un bien immobilier n’a de valeur qu’occupé par l’homme ou une de ses activités. La valeur intrinsèque (valeur réelle par opposition à sa valeur comptable) de l’immobilier inoccupé est inexistante.
  • Et rien, nulle part, jamais ne garantit une occupation par l’homme des biens immobiliers.
  • Nous sommes, en ce qui concerne l’immobilier – donc de nos retraites – dans un énorme schéma de PONZI.
État du bâtiment après 4 ans d’abandon – by gobingdetroit.com

L’erreur de la ville de Detroit

L’erreur de la ville de Détroit c’est de ne pas avoir pu/su compenser l’activité rémunératrice des industries automobiles qu’elle avait perdue.

Les habitants, sans activité professionnelle, ont DÉSERTÉ, en abandonnant leurs maisons qu’ils ne pouvaient plus ni entretenir, ni revendre.

Pourrions-nous faire différemment aujourd’hui ? Peut-être, mais en renversant la relation HABITAT – TRAVAIL.

Actuellement C’EST LE TRAVAIL qui fixe le lieu d’habitation. Donc en fonction de votre travail, vous habitez, faites des trajets quotidiens, payez un loyer et des impôts.

Demain C’EST L’HABITATION qui fixera le lieu du travail. Vous travaillerez en fonction de votre lieu d’habitation. Et ça fera toute la différence. Vous valoriserez votre qualité de vie. Vous choisirez son cadre, la distance de vos trajets, votre loyer et vos impôts.

Vous pensez que c’est utopique ?

  • La ministre du Travail a indiqué que 60 % des métiers en France peuvent se faire par le télétravail, qui – contrairement aux idées reçues – n’est pas réservé uniquement aux métiers de l’informatique.
  • La pratique réelle a augmenté de 25 % l’année dernière (2018).
  • De plus, 67 % des salariés français choisissent leur emploi en fonction des possibilités de télétravail.
  • Cela veut dire que – déjà aujourd’hui potentiellement – 60 % des employés auraient LE CHOIX de leur place de TRAVAIL et de VIE.

Postérieurement à la rédaction de ce texte, la Tribune de Genève qui héberge mon blog, a fait paraître un article qui ne fait que confirmer cette évolution irréversible.

Franck Le Tendre, directeur général de Dropbox en France, pense que 2025 sera l’année de la fin de la présence physique en entreprise.

Il existe déjà – dans le monde – de très nombreux lieu – urbains – de télétravail. Mais ce n’est encore que du “Kodak amélioré”. Il est possible de faire un pas supplémentaire comme à Arvieu.

Arvieu, petite commune rurale de l’Aveyron (787 habitants en 2014) a conjuré son isolement géographique et sa désertification en misant sur le développement numérique.

Arvieu s’est connectée au monde grâce à un réseau Internet à très haut débit dans l’ambition d’utiliser le développement numérique (télétravail, coworking et tiers-lieux) comme une opportunité d’attractivité et de développement rural.

Elle a appelé son projet “Prendre la clé des champs“.

Et cela semble lui réussir. Comme première conséquence collatérale, elle a retrouvé un nouveau boucher depuis quelques mois.

Imaginez un instant vous installer – pour une période – dans l’Aveyron (Pour ceux qui aiment rêver, vous pouvez imaginer l’Amérique Latine, le Canada ou même l’Asie) pour élever vos enfants d’une manière naturelle et saine, tout en travaillant depuis votre terrasse 5 à 6 heurs par jour (car vos charges ont nettement diminué).

Votre qualité de vie va s’améliorer. (Il y a toutes les chances pour que vous ne reveniez jamais à votre situation antérieure).

Les deux voyages par année – pour “passer au bureau” – vous coûteront nettement moins que le leasing de votre SUV. Preuves à l’appui.

Le projet d’Arvieu n’est pas parfait. Il est un (des) premier(s) essai(s) “ruraux”. A ce titre il faut lui reconnaître des qualités d’esprit de pionnier.

“Prendre la clé des champs” à Arvieu dans l’Aveyron

Le prochain pas, c’est de stimuler nos villages ruraux

Le prochain pas consiste à rendre les projets comme Avrieu multiples et différents. Il existe – même en Suisse – plusieurs villages qui n’attendent qu’à être repeuplés.

Il est notoire que beaucoup de villages ruraux ont vu leur population déserter et ne demandent qu’à retrouver de l’animation.

Le prochain pas c’est de comprendre que votre occupation professionnelle peut vous faire habiter, très facilement pour 3 mois, assez facilement pour 6 mois et avec quelques aménagements pour plus de temps dans des endroits très divers et très stimulants.

Et c’est déjà possible aujourd’hui. C’est juste un choix personnel à faire (éventuellement avant que l’économie vous force à abandonner votre bien immobilier comme ce fut le cas à Détroit).

Le pas suivant est de RÊVER – encore – PLUS LARGE

Les systèmes informatiques à notre disposition depuis 10 ans sont extrêmement performants, et les voyages faciles et bons marchés.

Un trajet de 3 heures d’avion dans un A320 neuf ici en Asie coûte meilleur marché qu’un billet de train Lausanne – Olten en 2ème classe où rien ne me garantit une place assise.

La vraie question – certes difficile – est celle de savoir VOUS HABITERIEZ aujourd’hui si vous en aviez le choix indépendamment de votre travail.

.

Certaines personnes, attachées à leur maison, leurs amis, leur chat et à leurs plantes vertes, ne déménageront pour rien au monde. Et c’est très bien ainsi. Elles profiteront – collatéralement aussi – de la chute des loyers.

Les autres, qui pensent que la vie mérite d’être vécue et qu’à ce titre une expérience ne se refuse pas, ont AUJOURD’HUI l’occasion d’appréhender le problème sous un angle tout-à-fait nouveau.

Albinen dans le canton du Valais pourrait devenir un nouvel Arvieu

Il existe encore bien d’autres horizons

Il y a – dans le monde – une très grande quantité de bâtiments vides. Ils sont vides mais NEUFS et ENTRETENUS.

En Asie il est très facile de louer des appartements au(x) mois. Ils sont meublés et bon marchés par rapport à Genève, Paris ou Londres. Ils permettent surtout la mobilité. Ce que nous avons oublié en Europe.

Il est également connu que, même en Europe, de nombreuses villes “nouvelles” ont subi la crise des subprimes et seraient ravies d’accueillir enfin des habitants.

Évidemment cela fait très peur à nos “faiseurs de politique”. Ils sont conscients de perdre une grande partie de leur pouvoir. Nous allons devenir INSAISISSABLES.

Nous n’allons pas changer le système, nous allons le rendre obsolète.

Vous ne passerez plus un tiers de votre vie à payer l’intérêt de votre hypothèque. Les propriétaires des bureaux de Genève, Londres ou de la Défense à Paris que vous quitterez ainsi que ceux des appartements, mal situés, trop petits, bruyants en banlieue de Genève, Londres ou Paris seront fâchés de ne plus pouvoir vous facturer des loyers indécents.

Comme pour Kodak, le premier pas est de ne plus dépendre d’un support physique. Le changement commence lorsqu’on ne dépend plus d’une hypothèque et que la location devient flexible et facile.

.

La BONNE NOUVELLE est que nos “faiseurs de politique” vont perdre leur main mise. Par exemple, nous aurons enfin une vraie contre offre au monopole “politique” de la LAMAL (dans mon cas US$ 2’500.-/an de prime pour mon couple avec possibilité de venir me faire soigner dans un hôpital suisse).

L’AUTRE BONNE NOUVELLE est que l’évolution est en marche et que l’infrastructure nécessaire est déjà une réalité.

La prochaine génération a un esprit beaucoup plus libre et indépendant. Elle est faite pour être de plus en plus indépendante. Et c’est tant mieux.

Merci à la génération de tante Elvire d’avoir accepté le changement initial.

A notre génération d’assurer la transition.

Je vous souhaite une douce et agréable journée

PS: Jeudi prochain, tout autre chose. Je vous parle de l’allégeance et du monopole des élections que se partagent – entre eux exclusivement – les partis.